Grandeurs et misères du travail

Pierre Firket, médecin systémicien, clinicien du travail pose la question « C’est quoi le travail ?», avec un constat que ce n’est pas le travailleur qui est malade, le malade c’est le travail. Je vous propose une brève synthèse de la conférence musicale qui a eu lieu au CHwapi de Tournai dans le cadre du Festival Rencontres Inattendues, musiques et philosophies. Le thème de ces rencontres était : « Qu’est-ce qui nous arrive ? »

Alors le travail, c’est quoi ? Le travail, c’est ce qui nous résiste. On doit faire preuve de courage pour se surpasser, faire en sorte de faire que ce qui doit être fait. On en tire donc une certaine fierté, ça en valait la peine. Le travail permet de s’accomplir.

Mais aujourd’hui, il semble difficile d’être fier de son travail. Le travail n’est pas toujours défini, reconnu, utile. Et une part de la souffrance ressentie par les travailleurs, c’est le sentiment d’inutilité. Pourtant, le travail a une valeur, il est rémunéré. On évalue le travail prescrit et le travail réel n’est pas reconnu. Le travail réel, c’est tout ce qui est fait en plus et qui ne se voit pas. C’est le supplément d’âme du travail. En fait, il est difficile d’évaluer le travail car le travail se retrouve de plus en plus réduit à des protocoles, du process, à un rythme qui s’accélère, à la performance individuelle. Le Burn Out est la tension entre le travail demandé et le travail réel (le supplément d’âme, le zèle, ce qui peut donner du sens, les valeurs).

Pour Pierre Firket, le travail passe par le corps. Évidemment pour les métiers physiques, mais au travail, quand on n’éprouve plus de la satisfaction, c’est le corps qui parle, qui fait souffrir : maux de tête, boule au ventre, tensions musculaires, stress, surcharge mentale, … Un des premiers signes de mal-être au travail, c’est le corps. On a d’ailleurs introduit depuis quelques années les concepts de risques psychosociaux, le mal être au travail, les journées de qualité de vie au travail, comme pour contrecarrer les effets délétères des managements.

Le Burn Out est une pathologie de surcharge, avec des difficultés à mobiliser ses propres ressources, le travailleur faisant les frais du décalage entre travail prescrit et travail réel. C’est de l’ordre de l’existentiel.

L’organisation du travail et son application ont détricoté le collectif et la solidarité.

Être fier de son travail, s’accomplir, bien faire son travail sont devenus difficile aujourd’hui. Cela pousse à une démission de la volonté. On devient insensible, on se trahie, on agit contre ses valeurs. La société a besoin d’une réponse collective, de coopération, de règles déontologiques et de responsabilité car le travail est un élément moteur dans la société.

Pour aller plus loin : sur ARTE documentaire « Faire le job » https://www.arte.tv/fr/videos/RC-027478/faire-le-job/